Faksimile
1er Cahier
publicité suisse
TF1 s'engouffre dans la brèche
A l'image de M6, le géant français devrait introduire des décrochages publicitaires sur le petit écran helvétique d'ici six mois. Les TV régionales affûtent leurs armes.
CHRISTIAN HUMBERT et patricia michaud
Dès l'automne 2011, les téléspectateurs helvétiques seront-ils appâtés par Migros, Rivella ou alors Zweifel lors des pauses publicitaires sur TF1? S'engouffrant dans la brèche ouverte par sa concurrente M6, la chaîne de télévision française s'apprête à investir le marché suisse des réclames. «Un projet est sur la table. L'arrivée de TF1 est annoncée», nous a confié Gilles Marchand, le directeur de la Radio Télévision Suisse (RTS). Plus loquace, un de ses collaborateurs nous a précisé, sous couvert d'anonymat, que la chaîne hexagonale démarrera ces décrochages publicitaires «d'ici six mois».
Cette annonce, que le directeur délégué à la stratégie de TF1 Thomas Jacques ne souhaite pas commenter, concrétise ce que tous les acteurs du monde médiatique suisse attendaient, voire redoutaient, depuis une année. En janvier 2010, le Tribunal fédéral a donné raison à M6 dans son bras de fer avec la Télévision suisse romande (TSR). Estimant que les fenêtres publicitaires de la chaîne privée française, diffusées en Suisse depuis 2001, ne violent ni la loi fédérale sur le droit d'auteur, ni celle contre la concurrence déloyale, les juges de Mont-Repos ont ouvert la voie à l'arrivée sur le marché publicitaire helvétique d'autres TV francophones.
Quelque 524 millions
Suite à ce verdict, les connaisseurs ont annoncé qu'un bouleversement du marché n'était pas exclu. C'est que les réclames sur le petit écran représentent un marché juteux: en terre helvétique, elles généreraient quelque 524 millions de francs par année. Pour la seule Suisse romande, M6 encaisserait 56 millions, selon M. Marchand. «Il est difficile de savoir ce que les chiffres informels de M6 que nous possédons recoupent vraiment; ce qui est sûr, c'est qu'avec l'arrivée de TF1, ce sont encore des millions de francs qui vont partir vers la France», souligne pour sa part Christophe Rasch, le directeur de la chaîne valdo-fribourgeoise La Télé. Une fuite des recettes qui ne sera que légèrement atténuée par l'effet de concurrence entre les deux grandes chaînes hexagonales.
Qui sentira le plus passer la pilule après ce nouveau partage du gâteau publicitaire? Du côté de la TSR, l'arrivée de TF1 ne devrait pas faire trop de dégâts. En effet, la principale chaîne francophone de Suisse reçoit actuellement plus de demandes d'annonceurs qu'elle ne peut en honorer. Un surplus qui, justement, faisait le bonheur des TV régionales helvétiques avant l'arrivée des géantes étrangères, rappelle M. Rasch. De son côté, le directeur de la télévision genevoise Léman Bleu refuse de peindre le diable sur la muraille. «Ce sont surtout les annonces pour des produits suprarégionaux qui seront concernées; chez nous, ce marché ne représente que 10 à 15% des recettes publicitaires», note Antoni Mayer. Et d'ajouter que selon une étude réalisée en Suisse alémanique - où le géant allemand SAT1 opère un décrochage publicitaire -, l'arrivée d'acteurs étrangers permet de gonfler le volume global de la publicité TV, et par conséquent les recettes liées.
Mystérieux éditeur
Gilles Marchand va dans le même sens, jugeant que «si un nouvel acteur apparaît, ce sera surtout au détriment de la presse écrite» (voir ci-contre). Christophe Rasch, lui, n'en démord pas. «Pour les chaînes TV privées, cette concurrence constitue un sérieux manque à gagner.» Et pour le téléspectateur aussi, «puisque M6 et TF1 n'ont aucun intérêt à créer des émissions de valeur spécialement orientées sur la Suisse».
Une autre menace liée à l'arrivée de la chaîne française donne des cheveux blancs au directeur de La Télé. «Selon les rumeurs, un groupe de presse alémanique serait sur les rangs pour s'occuper de la vente des publicités de TF1 en Suisse; or, ce groupe aura vraisemblablement recours à Publiplan (ndlr: le système de réservation en ligne de Publisuisse, elle-même détenue à 99,8% par SRG SSR idée suisse).» Et M. Rasch d'annoncer clairement la couleur: «Si ce triumvirat TF1+SSR+éditeur suisse se confirme, les TV régionales réagiront auprès des autorités!» Pour rappel, l'un des chevaux de bataille de Telesuisse (Association des télévisions régionales suisses) est la lutte contre le monopole de la SSR. «Les revendications risquent bien de s'intensifier ces prochains mois», confirme Antoni Mayer.
Pour l'instant, le groupe de presse alémanique en question n'est pas connu. Selon notre source à la RTS, Ringier aurait été contacté par TF1, mais aurait refusé le mandat. Quant au porte-parole de Tamedia, il souligne qu'«aucune collaboration avec cette chaîne n'est prévue, ni n'a été discutée». Ce qui n'empêche pas les TV régionales d'être dans les starting-blocks: «Notre dossier est prêt; nous pouvons agir dans les semaines à venir si c'est nécessaire», avertit M. Rasch. I
Dernière édition par saillans le Mer 31 Aoû 2011 - 10:50, édité 7 fois








